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Psychofrog

Vendredi 13 octobre 2006

Quelques fois, la vie me brise et m'étreint.

Le monde devient flou.

Je passe et l'ignore, m'applique à n'en rien regarder.

En ces parenthèses tourmentées, je me fais bas de soie, file au moindre contact, et m'écharde aux regards.

Comme la main protège la flamme, le corps recroquevillé sur l'âme devient attentive muraille.

Immobile, je guette.

 

... ça va passer.

 

Par Cathie
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Vendredi 10 novembre 2006

Ce matin dans la glace je me suis vue jolie.

Je m'offre ce plaisir...

Fugace sensation ne durera que le temps que mes yeux se dessillent.

Consciente du précaire, je m'abreuve à la source de mon étonnement.

Qu'est-ce qui est changé?

           Est-ce mon oeil qui regarde avec plus d'indulgence?

           Me suis-je réveillée belle?

 

Ce m'est comme une trêve, une courte rémission.

Au prochain miroir, je redeviendrai pâle, vieillie et fatiguée.

Pour l'instant, désapprends tout ce que je n'aime pas mais distingue d'abord dans ces confrontations d'avec mon image.

... Et dont je sors parfois fuyante et douloureuse.

 

Ce reflet-ci me rêve.

Lorsque je me surprends, m'y déploie rose et fraîche.

Me repais sans vergogne de ce gentil cadeau.

Par Cathie
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Mardi 14 novembre 2006

Je détiens des verrous dont j'ignore les clefs.

Coffre-fort, mon cerveau. Captive, mon histoire. Et certaines chansons ont la combinaison, qui me brisent la voix.

Elles tirent la chevillette, la bobinette choit.

Un ressort inconnu fait sauter le cadenas et les larmes s'écoulent que je n'attendais pas la seconde d'avant.

Pour une phrase,

quatre voix,

un mot de mon passé,

ma gorge qui se noue et ne veut plus chanter.

Bouleversée et triste,

rompue d'une émotion que je ne peux nommer.

 

Alors pourquoi pleurer?

 

Par Cathie
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Samedi 2 décembre 2006

Le téléphone sonne et l'inconnu s'avance car j'ignore qui m'appelle.

L'on a parfois bon goût de laisser un message.

J'identifie Maman, le chat ou le plombier, quelqu'un que je connais.

Moment n'est pas le bon, je ne décroche pas.

Téléphone m'ordonne mais je n'obéis pas car c'est moi qui décide et non lui qui commande.

Sa sonnerie impérieuse ne m'impressionne plus. Je fais ce que je veux, princesse en mon royaume.

Ce désir répandu d'être toujours joignable me semble terrifiant.

Téléphone aux toilettes,

téléphone au travail,

téléphone au jogging,

téléphone à la plage.

Réduits à l'esclavage et pourtant consentants.

Cela m'est un mystère.

A peine concevable, ma maladie honteuse, je n'ai pas de portable.

Longtemps cette trompette me fut une agression.

Pas envie!

Peu de place en ma vie pour cet autoritaire.

Maussade au canapé, tranquille à bouquiner, suant sur le ménage, concentrée en cuisine. Mon temps est si tendu, où caser l'inconnu derrière le téléphone?

Et ma voix ne trahit que trop bien mes humeurs.

Cet engin de malheur me met parfois plus nue qu'une simple rencontre.

L'improviste m'oblige à l'improvisation.

Ne pas être impolie, limiter les dégâts, préserver solitude, garder mon quant-à-soi.

Qu'autre que moi décide du temps de la parole me prend au dépourvu.

 

 

J'ai regret de l'écrire, ce temps n'est pas venu!

 


 

 

 J'ajouterai à ce texte qu'à l'adolescence, lorsque je décrochais le téléphone et tombais sur une amie de ma mère, faire "la conversation", politesse obligée, me crucifiait. Je n'avais rien d'autre à offrir que le bonjour, et ce n'était manifestement pas suffisant.

J'en garde un souvenir cuisant.

Une sensation d'incapacité totale, à la limite de la mutité.

 


 

Arbo, voilà ce que je peux. J'ignore si tu te retrouveras dans ma relation au téléphone... et je t'embrasse.

Par Cathie
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Dimanche 3 décembre 2006

Il faut passer la porte.

Affronter les regards du café de campagne hors saison touristique.

Les jeunes sont au comptoir, les papis dans le fond, accrochés à leurs cartes.

Que des hommes!

De la nuit de la rue, j'observe toute la scène, café illuminé, petit îlot tout chaud au milieu du vent froid.

Ma convoitise n'égale que mon appréhension.

Et chocolat brûlant me rend lâche et perfide, feignant de ralentir, admirant les façades, j'envoie mon Ours au front.

Saint innocent m'ôtant cette épine du pied, un peu rassérénée, j'ose m'aventurer dans cette antre indigène.

Protégée que je suis par le dos plantigrade, je souris à la ronde, prends refuge en ma chaise.

Les locaux ont déjà retrouvé leurs moutons, détournent le regard, reprennent conversation.

Oubliée!

Epaules se décrispent.

De nouveau épanouie autour du chocolat.

Mais voilà: - "Grave erreur" murmure à mon oreille petite voix intérieure.

Je fais face à la salle.

 

Tout à l'heure, il faudra demander l'addition.

Qui devra s'agiter, attirer l'attention?

 

Piégée.

Par Cathie
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Dimanche 10 décembre 2006

"Pourquoi suis-je troublée? Je suis troublée comme s'il allait arriver quelque chose de fatal."         La belle Hélène

 

Que dans les yeux d'un homme que je trouve séduisant, je me sente un peu femme et me voilà troublée.

Tout en moi se refuse et ferme ma coquille.

"Mon Dieu mais quelle horreur, s'il me trouvait jolie?"

Maladroite et confuse, ayant peine à sourire, me voyant mise à nue, trouble trop évident et déjà rougissante avant que de parler.

Je m'empourpre et me tais.

De quoi ai-je donc peur?

Lui trouver quelque attrait n'engage pourtant à rien.

Mais monosyllabique envahit ma parole.

Me transforme en glaçon.

Et banquise dérive vers des mers plus calmes, me permettant de fuir ce trouble insupportable.

Je souffre un bref instant de cette frustration, du silence imposé. Cette incapacité.

Aurais juste souhaité à rester naturelle, et non me protéger contre un mal inconnu, mon ennemi, ce moi-même.

Pourquoi si vulnérable?

 

Là, mon cerveau se bloque, me refuse la réponse, perché en sa redoute, petite forteresse me fermant mes pensées.

 

Et mon trouble demeure.

 

Je le dépose aux pieds de mes commentateurs.

Par Cathie
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Lundi 18 décembre 2006

Au petit déjeuner, coup de patte maîtrisé, Clara a repoussé les avances d'Hugo.

Je l'ai senti blessé, plein d'incompréhension.

Ces gestes sont trop brusques et trop imprévisibles, et sa voix trop puissante.

Minette, jolie poilue, est toujours sur ses gardes.

Lorsque enfant je tentais désespérément d'apprivoiser le chat.

Tant que n'étais que jeux, orteils gigotant dessous les couvertures, cavalcades effrénées de ficelles à bouchon, tout allait d'évidence.

Mais lorsque je me risquais aux caresses...

Vainement, je tâchais d'imiter sa maîtresse.

Le sens du poil, la douceur et la pression, les stratégiques points "G" de la grattouille féline.

Ce n'était jamais ça, jamais comme il fallait, jamais le bon moment ni la bonne façon.

Petite boule de mystère se refusait à moi.

Je n'y entendais rien, me voyais incapable, rejetée sans raison.

 

Bien souvent, je me sens repoussée par la vie comme jadis par le chat.

Par Cathie
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Jeudi 21 décembre 2006
Entre l'oeuf et la poule, grenouille et son tétard grandissent de conserve, l'un l'autre s'éduquant...
 
 
 
 
Entre l'enfant rêvé et celui que l'on a, la mère qu'on se croyait et celle que l'on découvre, un abîme s'avance.
 
Dans le coeur chaud du ventre, la vie qu'on imagine se rebelle déjà!
Ces neuf petits mois nourrissent le phantasme.
Ne résistera pas à la réalité d'un nouveau-né hurlant, souvent indéchiffrable, au mystère inquiétant, déstabilisateur.
 
 
Brique à brique se compose le rôle de la mère.
Chacun trouve sa place, le métier de parent s'apprenant peu à peu, toujours en devenir, constante évolution modelée par l'enfant.
 
La patience s'abreuve au lait de la tendresse.
 
Rencontre me construit.
 
Pour accepter enfin la mère que je suis.
Par Cathie
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Vendredi 22 décembre 2006
Quand Djac nous pousse au rêve, nous donne la clef d'un monde où l'on peut s'inventer.
 
 
 
Gentil marionnettiste d'"Héroìque Fantaisie" tire nos fils enthousiastes.
 
Nous fera tous héros, loufoques et débonnaires, Rincevent du Baweur, sémillante walkyrie, nain au torse puissant.
 
 
Ce cadeau qu'il nous offre d'être ailleurs, autrement, un contraire en délire, le pire et le meilleur... Déjà je m'en régale et déjà j'en ai peur.
 
Cheveu sur le méchoui, trouverai-je ma place, ma barbare-attitude?
Plus douée pour le silence que pour la répartie.
 
 
C'est bien la trouille au ventre que relève le défi.
Par Cathie
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Jeudi 11 janvier 2007
Paralysée devant l'écran, je regarde avec effarement la logorrhée aventurière qui s'est emparée de la troupe.
 
                 109 commentaires!*
 
 
Effrayée, me replie chez moi...
 
 
Mais où vais-je en trouver le temps?
Le temps de tous les lire, savourer l'atmosphère, traduire le patois et comprendre l'argot, réfléchir à l'histoire, déchiffrer les mystères...
 
Comment m'y retrouver?
J'emmêle les prénoms, ne sais plus qui est quoi.
 
Et comment m'inventer?
Caser une guerrière dans ma peau de Grenouille,
solitaire patentée, m'intégrer à un groupe,
oser jouer enfin sur le terrain des autres quand je m'y sens si mal.
 
 
 
Ah, je ne fuirai pas!
Foin des hésitations, je m'en vais au combat.
 
 
 
 
 
 
 
 
Par Cathie
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