Le téléphone sonne et l'inconnu s'avance car j'ignore qui m'appelle.
L'on a parfois bon goût de laisser un message.
J'identifie Maman, le chat ou le plombier, quelqu'un que je connais.
Moment n'est pas le bon, je ne décroche pas.
Téléphone m'ordonne mais je n'obéis pas car c'est moi qui décide et non lui qui commande.
Sa sonnerie impérieuse ne m'impressionne plus. Je fais ce que je veux, princesse en mon royaume.
Ce désir répandu d'être toujours joignable me semble terrifiant.
Téléphone aux toilettes,
téléphone au travail,
téléphone au jogging,
téléphone à la plage.
Réduits à l'esclavage et pourtant consentants.
Cela m'est un mystère.
A peine concevable, ma maladie honteuse, je n'ai pas de portable.
Longtemps cette trompette me fut une agression.
Pas envie!
Peu de place en ma vie pour cet autoritaire.
Maussade au canapé, tranquille à bouquiner, suant sur le ménage, concentrée en cuisine. Mon temps est si tendu, où caser l'inconnu derrière le téléphone?
Et ma voix ne trahit que trop bien mes humeurs.
Cet engin de malheur me met parfois plus nue qu'une simple rencontre.
L'improviste m'oblige à l'improvisation.
Ne pas être impolie, limiter les dégâts, préserver solitude, garder mon quant-à-soi.
Qu'autre que moi décide du temps de la parole me prend au dépourvu.
J'ai regret de l'écrire, ce temps n'est pas venu!
J'ajouterai à ce texte qu'à l'adolescence, lorsque je décrochais le téléphone et tombais sur une amie de ma mère, faire "la conversation", politesse obligée, me crucifiait. Je n'avais rien d'autre à offrir que le bonjour, et ce n'était manifestement pas suffisant.
J'en garde un souvenir cuisant.
Une sensation d'incapacité totale, à la limite de la mutité.
Arbo, voilà ce que je peux. J'ignore si tu te retrouveras dans ma relation au téléphone... et je t'embrasse.
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