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Tétard, tétours

Jeudi 14 septembre 2006

Mon fils, depuis qu'il est en âge de marcher est un glaneur de trottoirs...

Il les arpente généralement les yeux rivés au sol, à la recherche d'irrésistibles trésors.

Tout le charme, depuis de minuscules perles évadées jusqu'au Millionnaire jeté avec dépit après un gratouillage stérile.

Depuis quelques mois, il transforme ses trouvailles en menues offrandes que j'accueille avec le respect qu'elles méritent.

Ce matin, le voilà qui farfouille dans la panière à linge, récupère son short crasseux de la veille et extrait une adorable barrette de petite fille... dégradé de rose et paillettes. (De roses? Papa, tu ne voudrais pas être le modérateur orthographico-grammairien de mon blog?) 

N'écoutant que mon courage et avec une virtuosité déconcertante, je saisis la merveille ainsi qu'une mèche de cheveux, tout en me confondant en remerciements, m'extasiant sur l'objet et m'interrogeant avec angoisse: c'est gros comment une lente?

Bref, j'arbore vaillament ce précieux cadeau. Hugo rougit de joie et de fierté. (Moi aussi...!?) Et de m'annoncer, se délectant: c'est Marie-Céleste qui l'a perdue!

Pardonne-moi petite Marie, mais je n'ai pas eu le coeur de gâcher son plaisir; j'ai gardé la barrette.

Je m'engage solennellement à lui expliquer un peu plus tard...

...Avant qu'il ne cueille son butin dans les cheveux des filles?

Et puis je n'aime pas les paillettes.

Par Cathie
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Mardi 19 septembre 2006

"Comment tu t'appelles aujourd'hui?"

    "Petite Souris."

"Bonjour Petite Souris!"

    "Euh!... Non, je me trompe."

"Alors comment tu t'appelles?"

    "Super-héros Asticot."

      

Par Cathie
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Mardi 26 septembre 2006

Mère indigne que je suis, j'ai découvert ce matin en arrivant à l'école que nous étions parti d'un bon pas mais sans goûter.

Me voilà brandissant ma culpabilité, visage défait, le cheveu hirsute et les poings tendus vers le ciel pour bien marquer mon désespoir et ma honte.

Devant mes yeux se dresse le spectre de la faim. Mon fils rampant sur le bitume, amaigri et transi, peau tendue, blafarde, petite figure émaciée aux yeux immenses...

 

L'opprobre m'accable, me laissant à peine la force de le réconforter: "Ne t'inquiète pas mon chéri, nous allons demander à la maîtresse, elle aura bien quelques biscuits à t'offrir, un peu de pain dur, quelques cébettes et une poignée de noix, une écuelle de soupe, je ne sais pas moi?"

Alors Petit homme se tourne vers moi: "Ce n'est pas grave Maman."

Ce soir, il râlera comme un putois si je ne lui trouve pas de goûter, mais pour l'instant son unique préoccupation est de me réconforter.

Il est chouette mon tétard et je m'en trouve toute apaisée. Un peu péteuse néanmoins, car d'après vous, pendant ces 30 secondes de panique maternelle, c'était qui l'adulte?

Par Cathie
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Jeudi 28 septembre 2006

Toute vérité n'est pas bonne à dire, comment le faire comprendre à un enfant de 5 ans?

 

Hugo, doigt tendu et face hilare: "Oh! Le gros patapouf!"

Indignation de la mère:

"Il y a des gens gros, vieux, laids, des gens tout abimés. (par la vie?) Je n'aime pas t'entendre dire ça! Ce n'est pas gentil et ça ne me plait pas!"

Indignation du fils:

"Mais c'est vrai qu'il est gros!"

 

Me voilà désarmée:

"C'est vrai qu'il est gros ce monsieur, mais il le sait qu'il est gros, ce n'est pas la peine de lui faire remarquer. Il préfèrerait surement etre* mince et que tu lui dises:

"Oh, comme il est beau..."

 

*Si quelqu'un sait pourquoi je suis brusquement privée d'accent circonflexe, cela m'intéresse!

Par Cathie
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Dimanche 8 octobre 2006

- "Maman, qui a fait la cuisine?

- Papa nous a préparé ce délicieux jambon blanc acheté à Monoprix.

- Comment il s'appelle le monsieur qui a cuisiné le jambon de Monoprix?

- Je ne sais pas. Il faudra que Papa demande la prochaine fois qu'il ira y faire les courses."

 

 

Le monde d'Hugo est tout petit. J'en connait chacun par son nom. Hugo est le plus fort mais pas toujours.

Il a un peu peur du noir. "Viens avec moi Maman, je ne tire pas la chasse d'eau, il n'y a pas de lumière dans la salle de bain." Peur des bruits dans le noir pour traverser le couloir.

Hugo s'invente des histoires pleines de monstres et de chevaliers. Des robots, des princesses, des dragons volent dans sa tête. Un vaisseau spatial en Lego, de méchants extras (terrestres) et les pirates sont très gentils. "Mais si! Ils sont gentils Maman, tu te trompes."

Papa d'Hugo n'a pas le droit aux câlins, rarement aux bisous. "Papa, c'est mon pote!"

 

"Lilou est amoureuse de moi, et Léa, et Chléo aussi. Moi, je me marierai avec toi quand je serai grand"

"Allez Maman, je peux t'embrasser sur la bouche, s'il te plaît!!!"

Hugo se perd dans le temps. Il regarde une photographie: tout petit bébé qui vient de naître dans les bras de ces parents. "Ah! Mais vous étiez grands quand j'étais petit!?"

Inconcevable: "Mais si Maman, ça existait les Mac Do quand tu étais née."

"Chéri, je t'assure que quand j'avais ton âge, les cartes Pokemon n'étaient pas encore inventées."

 

Il est tout inventions, merveilleux, peurs et questions mélangés.

Le monde d'Hugo m'éblouit.

Par Cathie
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Mardi 7 novembre 2006

Le Tétard nous revient de chez ses grands-parents, vacances terminées.

C'est comme un apaisement, un manque qui se comble.

Le bonheur d'être trois dépose une gaieté légère sur toutes choses.

 

Nous marchons dans la rue en nous tenant la main, petits pas vers l'école.

Tantôt faisant la course, tantôt le bavardage, quelques fois une histoire, inventer des chansons, Maman tu es jolie, je t'aime très très fort.

A l'entrée de la classe, bisous n'en finit pas, posé délicatement sur le plat de ma joue ou la pointe du nez.

Sérieux et concentré: - "Il n'est pas baveux?"

                 - "Non, chéri."

                              - "Encore un bisous!"

De nouveau au complet. Reprendre l'équilibre.

Heureuse.

Par Cathie
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Samedi 11 novembre 2006

Le petit radiateur interne du tétard lui joue la canicule.

Thermostat déréglé, sa fièvre tropicale le tire de son sommeil, vient frapper à ma chambre.

 

 - "Maman, j'ai chaud, j'ai faim! Maman, j'ai mal au ventre. Reste un peu avec moi."

 - "Ma petite bouilloire, voici le thermomètre, présente ton derrière, je veux lire ton climat.

    39°5, ma savane."

 

Assise sur le lit, je câline l'enfant.

J'infuse le réconfort de mes doigts à sa peau, gant humide à son front, mots tendres à ses oreilles.

 

Petit diable en ses braises chauffe ma cuisse nue, la main posée sur moi.

 

Ses paupières papillonnent.

Je dépose un baiser, murmure la bonne nuit, me sauve doucettement vers le lit chaud où l'Ours ronflote suavement.

 

Par Cathie
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Mercredi 15 novembre 2006

L'inquiétude m'a fuie, me revoilà légère.

Mon souci ressassait petite phrase anodine mais si lourde de sens: "Ca n'arrive pas qu'aux autres."

Quelques mots qui nourrissent le tracas maternel à chaque accès de fièvre, aux pleurs inhabituels, abattement si total.

Mais le tétard malade se récupère enfin.

Le goût du jeu revient.

Il réclame ses vêtements, jette son pyjama et supporte le jour.

Les miasmes délétères dont on ne se relève pas ont déserté ma tête.

J'ai une pêche d'enfer!

Légère.

 


 .../...

Sur le chemin de Grand-mère, quand Hugo m'invente des histoires.

 - "... Soudain, elle l'entenda et regarda sous la table. C'était une grosse patate."

Pour ceux qui s'en inquiètent, sachez qu'à la fin, la grosse patate cachée sous la table tue tous les méchants.

Ce qui me trouble, c'est que les méchants sont un papa, une maman et leur petit garçon...

Par Cathie
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Vendredi 29 décembre 2006
Une attaque de guilis a cloué mon tétard sur son lit d'infortune.
 
 
Victime consentante à la mine réjouie se trémousse en tous sens.
 
Exhibe son bedon, son derrière rebondi, espérant relancer le combat qui faiblit et Maman qui fatigue.
 
 
Se tortille si bien que mes deux araignées reprennent leur ascension dessous le pyjama.
Je grignote une oreille, taquine les orteils, papouille les cheveux et bisoute les joues d'un Hugo rigolard, essoufflé, gigotant.
 
Qui me demande grâce.
 
Pour s'enfourner sitôt l'index jusqu'au gosier, explorant sa gencive, dessinant la molaire qui cherche à en éclore.
 
 
Malencontreuse trêve relâche ma vigilance.
Deux chaussettes en profitent, se collent sous mon nez, espoir non déguisé d'asphyxier la marâtre.
 
J'empoigne immédiatement les objets du délit et sans hésitation m'en vais leur infliger les terribles sévices et grattouilles vengeresses d'une légitime colère.
 
 
Il est à ma merci, je crie déjà victoire quand soudain, par traîtrise, un pet retentissant sonne la fin du combat.
 
 
Le canon me soumet, je n'y résiste pas.
Par Cathie
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Vendredi 19 janvier 2007

"Que seras-tu aujourd'hui? Un lapin? Une sauterelle?"

 - "Plutôt un kangourou."

Et hop là! Nous sautons les trottoirs, survolons les égouts, passons le moindre trou en bonds désordonnés.

Hop là, crotte de chien, nauséeux précipice.

Hop là, faille invisible, sauts de puce et Grenouille.

La grille de l'école et ses trois escaliers. L'étage des bébés, l'étage des moyens et l'étage des grands.

Oh hisse! Prends la main du tétard et chante chaque marche.

Oh hisse! Tracte mon kangourou, encourage son pas, stimule de la voix.

Oh hisse! Palier mon terminus, et la plainte essoufflée d'un enfant épuisé:

 

 - "Je suis trop fatigué!

 

        ... Demain, je serai une sardine."

Par Cathie
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